
Un domaine familial, l’histoire de plusieurs générations…
La famille Julian est installée à Ribaute-les-Tavernes depuis le XVIe siècle.
Famille d’agriculteur en polyculture, elle développe la sériciculture (élevage du vers à soie) à partir du XVIIIe siècle.
Célestin Julian en 1885 plante les premières vignes et construit en même temps une cave à vin pour vinifier les récoltes dans le village.
Son fils, Louis agrandit l’exploitation et le vignoble et construit une cave plus grande à l’extérieur du village.
Autour des années 1930 la concurrence de l’Asie pour la soie et l’arrivée du nylon déstabilise l’économie de l’élevage du vers à soie et Louis décide d’abandonner progressivement la sériciculture et d’arracher les muriers servant à nourrir les vers généralement plantés en bordure des parcelles.
La propriété compte alors moins de 20 hectares avec de la vigne, les prés en bord de rivières pour assurer la production de fourrage et des terres dédiés aux cultures céréalières.
Plusieurs bâtiments sont construits sur cette période : cave, écurie pour les chevaux puis la maison d’habitation au-dessus de la cave de vinification.
Les premières cuves en béton sont construites et commencent à remplacer les foudres en bois.
Deux des fils de Louis resteront dans la viticulture. Pierre Julian, qui deviendra directeur des vignobles des Salins du midi (Listel) et Jean Julian qui reprendra le domine familial dans les années 1950
Jean double la capacité de la cave située sous la maison, plante de la vigne et modernise l’exploitation.
Il sera un des premiers à avoir un tracteur au village directement envoyé des USA au moment du plan Marshall. D’autres suivront et remplaceront peu à peu les chevaux utilisés alors pour l’entretien du vignoble.
Durant cette période de grâce pour la viticulture, les volumes produits ne seront jamais égalés (jusqu’à 2000 hectolitres), la qualité des vins discutable mais la demande est forte.
Durant cette période les vins produits sont vendus à un négociant en vin Mr Dumas installé sur le village, qui vient retirer la production en vrac cuve après cuve tout au long de l’année. On ne peut rêver mieux en termes de commercialisation …
Jean Julian ne sautera pas dans les bras de la chimie, désherbants et autres pesticides qui arrivent en force dans les années 1970, et maintiendra une agriculture paysanne diversifié avec comme dominante la culture de la vigne.
Il agrandit la surface du domaine et procède à des échanges de parcelles pour donner plus de cohérence au vignoble et le regrouper. Il faut noter que ses choix d’encépagement seront intelligents et visionnaires, car il n’hésite pas à planter entre autres grenaches et syrah à côté des cépages plus productifs et locaux que sont les cinsaults, aramons et autres carignans.
Aujourd’hui la sélection des vieilles parcelles de grenaches et syrah permette l’élaboration de la cuvée Avant-garde en AOP Duché d’Uzès.
A la fin de sa carrière il entreprend d’agrandir la cave cette fois à l’extérieur en achetant une batterie de quatre cuves émaillées de 250 hl et trois pressoirs verticaux hydrauliques.
La réception de la vendange est également sortie, équipée d’un conquêt de réception a vis sans fin (toujours en place aujourd’hui !)
Jean et Yvonne Julian auront 8 enfants et parmi eux, la relève du domaine.
Fin des années 1970 l’exploitation va se scinder ; Louis et Chantal son épouse reprendront la partie viticole tandis que François un de ses frères s’installera sur les prairies bordant le gardon en culture maraichère.
Louis inspiré par les idées nouvelles de l’agriculture biologique décide de convertir le vignoble tout d’abord avec la mention Nature et Progrès.
Il comprend que la vente au négoce n’est pas l’avenir et commence à développer la vente directe avec la production des premières bouteilles et l’ouverture de ce qui deviendra le caveau de vente, ainsi qu’un point de vente aux halles de Nîmes. Chantal s’occupera de la vente, mais aussi du conditionnement des vins réalisés sur place.
En parallèle il s’essaie à la diversification en montant une société de grossiste en produits issus de l’agriculture Biologique destiné à fournir les réseaux Biocoop et autres professionnels. L’aventure durera une dizaine d’année et fera faillite.
Louis et Chantal se recentrent alors sur le vignoble et le vin.
Au vignoble, composé d’environ 20 ha Louis constate que les pratiques culturales mise en place traditionnellement provoquent une forte érosion des sols.
En effet, avant l’arrivée des désherbants dans les vignobles, les façons culturales qui consistaient à chausser les ceps puis à les déchausser ainsi que le labour des rangs étaient mises en place chaque année. Le but étant de maitriser l’enherbement et favoriser la minéralisation des élément nutritifs nécessaire au développement de la vigne.
La conséquence étant la déstructuration les sols et une forte érosion.
Louis décide alors de laisser pousser l’herbe un rang sur deux, l’autre rang étant travaillé de manière plus classique.
Avec l’arrêt des déchaussage, l’herbe gagne rapidement les ceps, ce qui devient problématique pour les gelées printanières et favorise les maladies cryptogamiques (mildiou). Des investissements sont consacrés à l’achat d’outils dits inter-ceps, peu rependus à cette période ou le désherbant chimique règne en maitre.
De manière générale Louis étant peu attiré par le machinisme et la conduite du tracteur jugée trop bruyante à son goût, et à cette période où le temps passé à la vente du vin et au conditionnement manuel des bouteilles est important, la gestion de l’herbe devient elle aussi en partie manuelle.
Yvonne et Chantal passeront ainsi de longs mois de printemps et d’été à faucher l’herbe ainsi que les enfants de Chantal et Louis, Alexandra et Marie puis Simon et Thibaut. Les amis compagnons et compagnes seront également de la partie pour la réalisation ce travail long et répétitif, souvent rendus inutile les années pluvieuse, car l’herbe repousse….
Yvonne accomplira jusqu’à l’âge de 80 ans révolus aidé par Chantal (en dehors des horaires de vente) les nombreuses tâches restées manuelles : du tirage des bois de taille des palissages à l’épamprage des ceps et aux vendanges.
Jean retraité actif tant que sa santé le permettra s’occupera de l’entretien des rangs avec le tracteur et de la taille d’une partie des vignes.
Dans les années 2000 le constat est que le vignoble planté par Jean et son père vieillit et les productions baissent drastiquement ; à peine 600 hl en 2003.
Louis se décide à replanter, essentiellement du merlot qui à cette époque est un cépage a la mode car améliorateur des vins en couleurs et degrés d’alcool. Malheureusement 25 ans plus tard le constat est contrasté car ce cépage bordelais n’est pas adapté aux chaleurs et sécheresse du sud de la France et certaines parcelles devront être arrachées.
Coté vin : Les Vendanges et vinifications, sont gérées par Louis et Jean jusqu’aux années 1987.
En 1987 avec l’aide de Jean François Vrinat Œnologue, co fondateur du laboratoire œnologique Natoli, Louis décide de vinifier sans ajouts de sulfites.
Mr Vrinat entre autres l’œnologue des vins de l’AOC Pic viendra superviser les vendanges et restera l’œnologue du domaine jusqu’en 2010.
Afin d’améliorer la qualité des vins, la réception de la vendange est modernisée : la vieille pompe à ogive est remplacée par un convoyeur a tapis et la vendange est égrappé avant encuvage. Louis agrandis la cave extérieure en achetant des cuves, et remplace les pressoirs verticaux par un antique pressoir continu, qui n’a comme avantage que sa vitesse de pressurage.
Il équipe la cave de vinification d’un groupe de froid pour la gestion des températures en fermentations.
Tout au long des années 2000, avec l’émergence des ‘’vins naturels’’ et autre tendances biodynamiques, les vins produits par Louis et Chantal se font un nom, et la demande devient importante. Louis bon orateur profitera de cette période pour exprimer toutes ses compétences en matière de communication, au travers de multiples interviews et documentaires.
Les vins du Domaine Julian, fruits du travail de 17 générations d’agriculteurs et agricultrices qui ont construit le domaine se diffusent sur le territoire ainsi qu’à l’exportation et la clientèle se consolide.
La relève.
En 2010 Simon s’installe sur le domaine avec sa compagne Anne Sophie.
Anne Sophie démarre une activité de maraichage diversifié sur une parcelle de bord de Gardon prise en fermage et sur les terres de louis et Chantal. Simon développe les cultures céréalières en prenant en fermage une dizaine d’hectares.
En parallèle Simon s’occupe du vignoble et Il est pour cela épaulé par son frère Thibaut qui arrive sur le domaine en 2013.
Leur objectif étant de diversifier les productions et sortir de la monoculture de la vigne, afin de sécuriser l’économie du domaine, fournir les consommateurs avec une production issus d’une agriculture saine et durable tout en restant abordable financièrement.
Pour cela Simon et Thibaut entreprennent de mécaniser une partie des tâches manuelles au vignoble chronophages et coûteuses comme la gestion de l’herbe le tirage des bois…
Afin d’améliorer la structure des sols des enherbements de légumineuses sont semés dans les inters rangs.
Des parcelles sont remembrées, les vignes en gobelets qualitatives sont reformées et palissés, un important réseau d’irrigation est mis en place.
En 2018 La société GAEC Julian frères est créé. Le parc matériel des années 1970 est renouvelé et du matériel spécifique est acheté, pour les grandes cultures notamment.
Le caveau de vente est réaménagé et agrandi. Pour le conditionnement des vins, réalisé jusqu’alors manuellement par Chantal, une remplisseuse de bag in box est mise en service géré par Thibaut et les mises en bouteilles se font en prestation de service.
En parallèle Thibaut crée une activité d’élevage de volailles (poulets, pintades, chapons) qui sont installés dans les vignes avec les cabanes mobiles. En 2020 il démarre l’élevage porcin.
Environ 30 tonnes de céréales diversifiées et produites sur le domaine seront désormais autoconsommées par les animaux d’élevage, sécurisant par la même occasion la disponibilité en aliment face aux crises et aux prix parfois volatils.
Un abattoir agrée pour les volailles est aménagé dans les bâtiments du corps de ferme ainsi qu’une salle de découpe pour le conditionnement du porc.
A l’étroits dans les bâtiments existants bâties par Jean Julian et son père, ils construisent un premier bâtiment, destiné au stockage des céréales et à leur transformation, puis un second pour le matériel et les tracteurs.
Simon et Thibaut achètent une propriété viticole voisine et reprennent en fermage des vignes et des parcelles attenantes au domaine dans le but de constituer des ilots conséquents conduits en agriculture biologique. Une dizaine d’hectare de vignes à bout de souffle plantées par Jean et son père sont arrachées.
Le domaine connaît un agrandissement durant cette période passant de 20 à un peu plus de 80 ha, le vignoble passe à 33 ha avec un encépagement varié, les grandes cultures occupent une 40 aine d’hectares en rotation avec des luzernes. Le reste étant alloué aux cultures légumières et aux parcours pour l’élevage.
Une nouvelles cuvée an AOP Duché d’Uzès vient compléter la gamme créée par Louis et Chantal, valorisant ainsi une partie des plantations de Jean Julian.
A la cave, 880 hectolitres de cuves bétons construite au début du siècle sont rénovées et remises en services, ainsi que la climatisation. Le sol de la cave extérieure est cimenté pour favoriser le nettoyage et pour la vinification spécifique des vins blancs et rosés un pressoir Vaslin d’une capacité de 10 tonnes est acheté.
Aujourd’hui, la diversification des activités a permis de recréer une ferme à l’image de ce qui était l’agriculture au siècle dernier, avec les technologies du monde moderne.
Les volailles passent une partie de l’année dans le vignoble et dans les terres bénéficiant de la verdure et participant à l’amélioration et à la fumure des sols.
A la vigne, les semis d’engrais verts et l’épandage annuel de compost végétal participent à améliorer la structure des sols. Les culture céréalières et légumières sont conduites dans le même état d’esprit, avec un objectif alliant productivité et rentabilité économique et respect des sols et du vivant. En bordure de grandes parcelles des plantations de haies sont mise en place pour le maintien de la biodiversité, de nouvelles plantations de vignes mais aussi d’oliveraies sont mises en place depuis 2024 pour assurer la pérennité du vignoble et du domaine.
Retraités très actifs vous rencontrerez probablement Louis et Chantal lors de votre passage au caveau.